Quand le système éducatif est le principal obstacle au développement d’Haiti.

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L’école est considéré comme l’un des principaux agents de socialisation. Nécessairement, elle joue un rôle prépondérant dans la formation des citoyens conscients et engagés susceptibles d’assurer le développement de la société à laquelle ils appartiennent. Mais que doit-on faire quand elle est devenue la principale digue au développement ?

Pendant la période coloniale, il était formellement interdit d’apprendre à lire et à écrire aux esclaves vu que l’article 44 du code noir[1] leur a conféré le statut de bien meuble. La période post coloniale n’est guère réjouissante non plus. Après l’indépendance, les élites haitiennes ont crée un nouvel état esclavagiste en reproduisant le système colonial basé sur l’exclusion de la majorité. Avec Dessalines c’est le balbutiement du système éducatif haïtien. Le bilan de Christophe est celui qui est le plus appréciable avec son souci d’angliciser l’école dans le royaume du Nord. Pétion issu du groupe privélégié, les mulatres qui pour la plupart ont fait des études en France, n’a cré qu’un seul lycée jusque vers la fin de son mandat en 1816. Il a fallu attendre Fabre N. Geffrard en 1860 avec ses ministres de l’instruction, Elie Dubois en particulier qui a joué un rôle important dans la création de nouveau établlisssement scolaire en Haiti.

Pour répéter Fritz Dorvilier[2], le processus évolutif du stade archaique vers la modernité que connait les sociétés contemporraines a été fait sous l’instigation de l’institution scolaire. En Haiti cette institution est quasi-absente ou du moins est l’apanage d’une oligarchie. Joint Louis Auguste[3], abonde presque dans le même sens quand dans son texe il a souligné que les réformes proposées dans le système éducatif haïtien ont été toujours marquées par la séparation. Dans une perspective socio historique, François Pierre Enocq[4] expilque que l’inégalité des chances scolaires se trouvent à deux (2) niveaux dont le premier se fonde sur l’accès à l’éducation de base en Haiti et le deuxième sur la qualité de l’éducation offerte. Il continue pour souligner  que les politiques éducatives mises en œuvre depuis la période coloniale jusqu’à la réforme d’EPT n’a pas su démocratiser l’école tant sur le plan quantitatif que le plan qualitatif.

Ces considérations ayant été faites, maintenant essayons de voir en quoi l’école endigue le développement en Haiti . Les auteurs mentionnés ci-dessus sont unanimes sur le fait que l’inégalité des chances et le manque de structure adéquate constituent le socle du système solaire haïtien. Mais au-delà des inégalités caractérisant le système, ce qui est le plus intriguant c’est quand l’Etat[5] dont le rôle premier est de garantir l’éducation pour tous n’y arrive pas, et qui pis est,  pratique la politique de l’autruche en instaurant tout un ensemble de programmes et de plans bidons dénués de sens comme le PUSGO, EPT, FNE, PNEF , etc.

Les théoriciens de la modernité[6] et de la croissance sont presque tous unanimes sur le rôle prépondérant que doit jouer l’éducation dans le processus de développement[7] de tous les pays qui veulent sortir du carcan du sous développement. La diversification des filières de formation, une main d’œuvre qualifiée sont entre autres quelques des finalités de tout système éducatif visant le développement. Dans le cadre de ce travail, l’emphase n’est pas mise sur la qualité de la formation que ce soit au niveau professionnel, que ce soit au niveau universitaire qui de toute évidence est le haut lieu de l’inégalité si on considère les chiffres avancés par Fritz Dorivilier[8] en ce qui a trait au nombre de personne qui ont accès à l’enseignement univeristaire de premier cycle en Haiti.

Cela dit, pour répéter le sociologue haïtien, Jean Casimir[9], les écoles et les moyens de communication de masse conspirent contre les productions culturelles nationales et qui pis est, les projets et programmes pour les système éducatif haïtien sont des projets flibustiers confectionnés à l’étranger, et sont fondés sur la mendicité internationale.

Considérant l’inégalité inhérente des chances devant et dans l’école haitienne (écoles à plusieurs vitesses sous le regard impotent de l’Etat), considérant que la qualité de l’enseignement est inefficace et laisse encore à désirer (formation des maitres et absence de matériels didactiques adéquats tels les laboratoires, etc.) considérant que l’éducation est un axe fondamental passe tout bon projet de société, considérant que les autorités croupions qui font office de dirigeants dans le pays n’arrivent pas encore à assumer la charge des responsabilités qui leur sont incombées. Un pays dans lequel la formation n’a pas beaucoup d’importance car c’est un système caractérisé par le moun pa, le kolòn ki bat. Un système qui est gangrené par la corruption et la médiocrité, sans compter sur la montée exponentielle de la fuite des cerveaux, sans oublier le rapport conflictuel qui est developpé depuis des lustres entre nos politiques et le savoir. Sans être fataliste, le développement qu’on attend n’est pas pour bientôt car  pour paraphraser l’autre tant vaut l’éducation, tant vaut la nation.

Kensley EDMOND


[1]Ensemble de règles régissant le mode de vie  de l’esclave et organisant le travail dans l’atelier. Cet ensemble de règlements a été publié en mars 1680

[2] DORVILIER Fritz, La crise haïtienne du développement, Les Editions de l’Université d’Etat d’Haiti, Port-au-Prince, 2012

[3] JOINT Louis Auguste, Système éducatif et inégalités sociales en Haiti : cas des écoles catholiques, Harmattan, Paris, 1986.

[4] FRANCOIS, Pierre Enocq, Politiques éducatives et inégalités des chances scolaires en Haiti, Les éditions de l’Université d’Etat d’Haiti, Port-au-Prince, 2010

[5] Constitution de la république d’Haiti, adoptée par référendum le 29 mars 1987

[6] GUICHAOUA André, GOUSSAULT, Yves, Sciences  et développement, Armand Colin, Paris, 1993

[7] RIST, Gilbert, Le développement, Histoire d’une croyance occidentale, Presses de Sciences Po, Paris, Novembre 2001

[8] DORVILIER, Fritz, op. Cit. p. 69

[9] CASIMIR, Jean, La culture opprimée, Port-au-Prince, Imprimerie Lakay, 2001.

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