Le bilan du mandat du feu Président Moise: entre remous et exaspération

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Plus d’un mois après l’assassinat  du Président Moise, la république continue de survivre toutefois il est impératif de dresser le bilan du temps de gouverne de M. Moise. Quels ont été les plans/ Programmes du Président Moise ? Pour quels résultats ?

En matière de projet (de vie, de développement, etc.) les objectifs fixés doivent être SMART (Spécifique, Matérialisable, Atteignable, Réalisable dans le Temps) et par-dessus tout, que ce soit pour des projets individuels ou collectifs, il faut l’existence d’un mécanisme de contrôle pour l’évaluation des résultats. Toutefois le constat est que dans l’imaginaire collectif haïtien, rendre compte et obligation de résultats sembleraient faire partie des 7 péchés capitaux à ne jamais commettre.

Des fameux slogans  «  m ap met tè solèy lan, rivyè yo ak moun yo ansanm pou m chanje peyi an »  et « Manje nan asyèt, lajan nan pòch » , en passant par le premier budget dit criminel en 2017 seulement 6 mois après sa venue au pouvoir, Caravane Changement, Électrification du pays (kouran 24 sou 24 nan 24 mwa), Kredi atè plat, jusqu’aux slogans de ses derniers jours « Ti rès lan pou pèp lan », « M ap konbat oligak konwonpi yo ki se mèt sistèm lan », le temps de gouverne du feu Président Moise est plus que catastrophique.

L’homme, sa vision et ses projets

M. Moise est né un 26 juin et s’est éteint de manière tragique dans les conditions tant inhumaines, impensables, floues et inacceptables que nous connaissons tous dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021. Il est arrivé au pouvoir de manière inattendue et il est parti pour l’au-delà de la même manière.

Il a été présenté au grand public par son prédécesseur comme étant un prototype d’homme d’affaire qui vient de la paysannerie et qui a réussi, ce dont auquel aspire tous les jeunes de la classe moyenne (classe moyenne, s’il y en a). Mais toute cette stratégie de marketing politique n’était qu’une farce, à telle enseigne le fameux Nèg bannann des campagnes électorales a totalement oublié les hectares de terres  de bananes de son extraordinaire entreprise, Agritrans, et à aucun moment de la durée de son mandat il n’a fait mention de ses bananes. Quelle inélégance !

Dans le cas de Jovenel Moise, est-ce nécessaire de parler de vision ? Sans être historiciste, M. Moise fait partie de cette longue liste de Présidents qui n’ont été  que des marionnettes. De la politique de doublure (1844-1849) qui a été mise en place par des mulâtres dans le but de toujours avoir le contrôle du pouvoir en utilisant des hommes noirs, âgés et illettrés. En passant par les mulâtres (Dartiguenave, Borno et Vincent) qui ont été à leur les doublures des américains pendant la première occupation américaine d’Haiti(1915-1934)  pour arriver à Préval (1996-2001), Boniface Alexandre (2004-2006) et Jovenel Moise (2017-2021). Sans faire le procès, posthume de l’homme, à aucun moment de son mandat il n’a été question de sa vision de l’économie, de la vie socio-culturelle, de l’administration publique, de l’éducation par la mise en place de vraies politiques publiques susceptibles de changer le mode de vie de la population quoi que nous savions tous les conditions dans lesquelles M. Moise était arrivé au pouvoir.

Quels sont les mécanismes qui ont été mis en place de manière que ses plans ou programmes puissent être effectifs pour apporter des résultats concrets?

C’était quoi la caravane changement, un projet, un plan, une vision, une idée ? En tout cas la Caravane changement a passé et  le peuple n’a rien vu de concret. Karavan chanjman rentre dans cette dynamique de  projets bidons sans lendemain comme jadis gouvènman lakay ou, ti manman chéri, etc.

La ligne frontalière entre promesses et projets du Président était floue. Et même ayant été  investi de la fonction de Président de la république M. Moise se croyait encore en campagne, Les promesses pleuvaient : Courant 24 sur 24 dans 24 mois, des routes, des téléphériques, manje sou tab ak lajan nan pòch pèp lan, pour ne citer que celles-là.  À chaque prise de parole, à chaque meeting encore et toujours les mêmes palabres, que certaines gens qualifiaient de mensonges à telle enseigne le nom « Jovenel » était devenu une injure, synonyme de menteur.

Jusqu’à preuve du contraire aucun mécanisme connu n’a été mis en place pour l’analyse, l’élaboration et l’évaluation des soi-disant projets du feu Président. La Caravane changement a-t-elle répondu aux W de Lasswell dans l’élaboration de tout projet de développement digne de ce nom ? Quels ont été les objectifs visés par la caravane changement ? Quels ont été les résultats de la caravane changement ? Quels ont été les changements apportés dans le cadre de cette caravane ? Quels ont été  les moyens mis en place pour réaliser le vœu pieu de courant 24 sur 24 de M. Moise ?

Ses réalisations au cours de son mandat

A bien regarder la situation on peut avancer qu’à part les slogans, les grandes envolées publicitaires et propagandistes  monnayées, le bilan de M. Moise est très maigre.

La première réalisation du Président Moise a été le carnaval des cayes en 2017. En 4 ans 5 mois de gouverne, M. Moise a réalisé trois carnavals dont deux en dehors de la capitale (Cayes et Port de Paix), « un barrage » de plus de 10 millions de dollars, dit-on, à Marion. Quoi d’autres? J’ai un petit trou de mémoire.

Essayons de voir les conséquences désastreuses de l’absence de mise en place de vraies politiques publiques en matière de gestion de la cité.

Sur le plan socio-économique, c’est un désastre: dégradation de la qualité de vie du peuple haïtien, augmentation de la pauvreté, misère, chômage, un taux d’inflation qui a dépassé les 20%, augmentation du coût de la vie, la dégringolade de la gourde face au dollar. L’une des plus grandes réalisations de Jovenel Moise en ce qui a trait aux politiques pour les jeunes c’était de rendre plus accessible le service des passeports de manière que les jeunes laissent le pays par des centaines de milliers pour aller s’installer dans les pays latino-américains, à tel point qu’entre 2017 et 2019 plus de 100 000 jeunes ont laissé le pays pour aller s’installer au Brésil, au Chili en particulier.

Sur le plan de la sécurité c’est la nullité absolue. Généralement en Haiti, quand on parle de sécurité  on a cette fâcheuse et malencontreuse propension à parler de la police et de l’armée tandis que le concept de sécurité (nationale, intérieure, publique, etc.) devrait s’inscrire dans une dynamique globale-totale comme l’aurait dit Marcel Mauss. Pour répéter Louis Althusser, l’armée et la police font partie des appareils idéologiques de l’Etat. Elles ne sont que des forces de dissuasion qui  ne peuvent être proactives qu’en cas de menace réel. La sécurité intérieure de tout pays digne de ce nom a pour socle la satisfaction des besoins sociaux de base des dirigés.

Il faut mentionner que la lutte pour la prise et la sauvegarde du pouvoir en Haiti a toujours été l’objet de violence et certaines fois le pouvoir était caractérisé par le banditisme. Des piquets utilisés par les Salomon dans le sud, en passant par les cacos qui ont été utilisés par Salnave pour renverser Geffrard. Ces cacos ont été utilisés par beaucoup de nos chefs d’Etat citons entre autres Nord Alexis, Oreste Zamor, Davilmar Théodore, Vilbrun Guillaume Sam, presque tous nos hommes politiques du 19ème siècle ont eu recours à l’utilisation des forces autres que la police et l’armée soit pour prendre le pouvoir ou pour le sauvegarder. Avant la fédération flagrante des bandits de la zone métropolitaine  sous l’instigation de Jovenel Moise et de ses proches pour la sauvegarde du pouvoir, le cas le plus flagrant était celui des zinglins, une milice paramilitaire mise en place par Soulouque pour mettre en déroute tous ses opposants. Sans oublier le VSN (tonton macoute), les attachés et naguère les chimères. Toutefois, la gangstérisation n’a jamais été aussi soutenue aussi ouvertement par un pouvoir politique.

Sur le plan politico-administratif, c’est une catastrophe. L’article 136 des versions amendée et non amendée de la constitution de 1987 stipule ceci : Le Président de la république, chef de l’Etat, veille au respect et à l’exécution de la constitution et à la stabilité des institutions. Il assure le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’état.

Au regard de cet article, M. Moise a piteusement échoué à sa mission parce que durant son mandat il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour empêcher les institutions de jouer leurs rôles. La première institution qui en a fait les frais a été l’ULCC parce que son Directeur de l’époque a osé produire un rapport sur le blanchiment des avoirs par Jovenel Moise. L’UCREF a été démantelé, le parlement a été vassalisé avec l’aval des parlementaires croupions par le président Moise car il était le seul personnage apte de la république à appeler le peuple en ses comices, ce dont il n’avait pas fait. La cour de Cassation, la plus haute instance en matière de justice dans le pays a été  mis à mal par le Président. Pour la première fois dans l’histoire du pays des juges de la Cassation ont été révoqués et mis à la retraite, un juge de la cour de cassation a été emprisonné.

Aucunes élections n’ont été réalisées pour assurer la continuité de l’Etat, la police a été disloquée à cause de graves crises. Des trois piliers (pouvoirs) qui constituaient le socle de tout Etat dit démocratique, seul le pouvoir exécutif avait survécu parce que M. Moise en a décidé ainsi.

Sans oublier les multiples scandales financiers, celui de Dermalogue en particulier. Plus de 13 massacres d’Etat dans les quartiers populaires et populeux du pays (Bel-Air, La Saline, Carrefour feuilles, Cité soleil, Tokyo, Delmas 32, etc.). Et le dernier scandale est cette révélation faite par un journal étranger, El tiempo, selon laquelle on aurait trouvé plus de 45 millions de dollars en liquide dans des boites chez M. Moise le jour de son assassinat pendant qu’aucun hôpital, ni centre de santé, ni lycée, ni centre sportif et de loisirs n’ont été  inaugurés durant son mandat. Pendant que les gens croupissent dans des situations infrahumaines dans les quartiers populeux du pays plus de 45 millions en liquide étaient bien gardés dans la résidence privée de M. Moise.

Sous le gouvernement de Moise on a eu une grande première dans tous les mauvais sens, un bâtonnier a été  assassiné, les gangs se sont fédérés, un étudiant a été assassiné dans l’une des enceintes inviolables  de l’UEH, le kidnapping est devenu un fait de tous les jours, même l’assassinat de M. Moise est une grande première parce que jusqu’à date aucun Président haïtien n’a été assassiné par des étrangers, dit-on.

Pour certains Jovenel Moise aurait pu devenir le second Dumarsais Estimé, dans le sens que ce dernier n’était pas connu du peuple mais qui a réussi son mandat malgré le coup d’état de Magloire. Il faut dire que c’est une méconnaissance de l’histoire car bien avant d’être élu président au suffrage indirect d’alors, M. Estimé était connu du milieu enseignant pour avoir été un brillant Professeur au lycée Pétion et en plus il était  député de verettes. M. Moise n’a pas eu ce parcours flatteur. Pour d’autres Jovenel Moise est l’un des plus piètres présidents que le pays ait connu, et selon certains il a lui-même creusé sa propre tombe. Un fait est certaine, l’encre de l’histoire a été  et restera  indélébile.

Kensley EDMOND

kensley.eureka@gmail.com

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