En Haïti, boire de l’eau est devenu un acte de foi.
Selon les révélations du ministre du Commerce et de l’Industrie, plus de 92 % de l’eau traitée vendue à Port-au-Prince contiendrait des traces de matières fécales. Sachets, bouteilles, bonbonnes : presque tout ce qui est censé protéger la santé publique serait en réalité un vecteur silencieux de maladies.
Derrière ce chiffre choquant se cache une vérité encore plus grave : l’incapacité chronique de l’État haïtien à contrôler ce qui se produit, se vend et s’importe sur son propre territoire.
Car cette situation n’est pas une fatalité sanitaire. C’est un échec politique.
Comment des centaines d’entreprises peuvent-elles produire et distribuer de l’eau contaminée sans inspections régulières ?
Comment ces produits peuvent-ils circuler librement dans les marchés, les écoles, les hôpitaux, sans certification fiable ?
Et surtout, où était le ministère du Commerce et de l’Industrie pendant toutes ces années ?
Le rôle du MCI est clair : réglementer, inspecter, certifier, sanctionner. Or, dans les faits, le secteur de l’eau fonctionne comme une jungle. Pas de contrôles constants, peu de laboratoires publics opérationnels, aucune traçabilité réelle, des autorisations accordées sans suivi sérieux.
Résultat : le consommateur haïtien sert de cobaye.
Plus inquiétant encore, cette défaillance ne concerne pas seulement la production locale. Le pays est également envahi de produits importés sans vérifications rigoureuses, qu’il s’agisse d’aliments, de boissons ou de biens de consommation. Aux frontières, les contrôles sont faibles, parfois inexistants. La contrebande prospère. Les normes sanitaires deviennent optionnelles.
Autrement dit, l’État ne contrôle ni ce qui se fabrique ici, ni ce qui entre chez nous.
Dans n’importe quel pays fonctionnel, une contamination de cette ampleur aurait déclenché:
- La publication immédiate du rapport complet,
- La fermeture des usines fautives,
- Des poursuites judiciaires,
- Des distributions d’eau potable d’urgence,
- Des alertes massives à la population.
Chez nous, on annonce des chiffres… puis on attend.
Pendant ce temps, les enfants continuent de boire une eau potentiellement porteuse de diarrhées, de choléra, de typhoïde et d’autres infections hydriques. Les familles les plus pauvres, qui n’ont pas accès à des systèmes de purification, paient le prix fort : leur santé.
Cette crise révèle une réalité brutale : l’État haïtien a abandonné sa mission la plus fondamentale, protéger la vie de ses citoyens.
L’eau potable n’est pas un luxe. C’est un droit élémentaire.
Si le MCI ne peut pas garantir la qualité d’un produit aussi vital que l’eau, alors à quoi sert la régulation publique ?
Il ne suffit plus de promettre des contrôles. Il faut des actions visibles : transparence totale, audits indépendants, sanctions exemplaires, fermeture des unités illégales et véritable surveillance des importations. Sans cela, chaque sachet d’eau vendu restera un pari dangereux.
Aujourd’hui, le scandale dépasse la simple contamination.
C’est la preuve que, dans ce pays, même l’eau, symbole de vie, peut devenir un poison.
Et cela, aucun gouvernement responsable ne devrait l’accepter.





