Le récent revirement de Leslie Voltaire, ex-coordonnateur du Conseil présidentiel de transition (CPT), illustre une fois de plus la dérive préoccupante de cette instance censée conduire Haïti vers la stabilité. Alors qu’il avait annoncé publiquement le départ des conseillers du CPT pour le 7 février, il a finalement affirmé, lors d’une réunion tenue le 18 janvier avec certains partis politiques, que les membres du Conseil ne quitteraient plus leurs fonctions à cette date.
Ce changement de discours, sans explication claire ni base légale solide, alimente la méfiance de la population et renforce le sentiment que le CPT navigue à vue, au gré des intérêts politiques du moment. Plus inquiétant encore, Leslie Voltaire a évoqué la possibilité de revoir la composition du Conseil, en réduisant le nombre de conseillers de neuf à cinq, voire trois. Présentée comme une réforme visant à améliorer l’efficacité, cette proposition ressemble davantage à une manœuvre politique qu’à une véritable solution aux crises profondes du pays.
Car il faut le dire sans détour : le CPT a échoué dans les missions essentielles qui lui ont été confiées.
Un échec cuisant sur le plan sécuritaire
La sécurité, priorité absolue du mandat de transition, reste hors de contrôle. Les gangs continuent d’imposer leur loi, des quartiers entiers échappent à l’autorité de l’État, et la population vit dans une peur permanente. Aucune stratégie claire, aucun résultat tangible n’a été présenté par le CPT pour inverser cette spirale de violence. Le Conseil semble davantage occupé par des calculs politiques internes que par la protection des citoyens.
Des élections promises, mais jamais organisées
Autre mission fondamentale : l’organisation d’élections crédibles. Là encore, le CPT a failli. Les délais s’accumulent, les promesses se répètent, mais le processus électoral demeure au point mort. Aucun calendrier réaliste n’est respecté, aucune avancée majeure n’est visible. Pendant ce temps, le pays reste sans institutions légitimes issues du suffrage populaire.
La tentation du renouvellement de mandat
Dans ce contexte d’échecs répétés, l’idée que les membres du CPT puissent envisager un renouvellement de leur mandat est tout simplement inacceptable. Une transition n’a pas vocation à se perpétuer. Elle est, par définition, limitée dans le temps et orientée vers un objectif clair : remettre le pouvoir à des autorités légitimes et capables.
Le 7 février 2026 : une date non négociable
Tôt ou tard, le CPT devra quitter le pouvoir. La date du 7 février 2026 doit être considérée comme une ligne rouge. Au-delà, toute prolongation du mandat du Conseil serait perçue comme une confiscation du pouvoir, aggravant davantage la crise politique et institutionnelle.
Haïti n’a pas besoin d’un CPT reconfiguré, réduit ou prolongé. Le pays a besoin d’une entité crédible, compétente et légitime, capable de gérer la crise sécuritaire, de restaurer la confiance et d’organiser enfin des élections libres et transparentes.
L’histoire jugera sévèrement toute tentative de s’accrocher au pouvoir au détriment de l’intérêt national. Le temps de la transition touche à sa fin. Il appartient désormais au CPT de choisir entre un départ responsable ou une sortie par le discrédit.





