Pourquoi l’Université en Haïti ne s’engage pas vraiment dans les luttes pour le changement social

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Dans tous les pays du monde, l’Université demeure une institution prestigieuse par le rôle qu’il joue, la place qu’elle occupe et la mission qu’elle a dans toute société de produire le savoir. De ce fait, elle est le moteur du changement social, économique, politique, culturel etc., puisque l’institution universitaire forme des cadres dans diverses disciplines afin de former des générations de gens qualifiées pouvant apporter une amélioration au sein d’une société déterminée.

l’Université est le lieu de recherche par excellence pour la production du savoir scientifique. Elle est le lieu de débat organisé sur les questions sociaux, politiques. C’est l’espace de diffusion des valeurs sociales et morales. l’Université est également le lieu de formation professionnelle et des cadres pour servir la communauté.

Cependant, l’université en Haïti ne s’est pas vraiment impliquée dans le changement social que l’ensemble de la population haïtienne désirait voir dans ce pays. Elle manifeste, au contraire, une sorte de désintéressement dans les affaires du pays surtout dans les mouvements de soulèvement populaire. Qu’est ce qui est à la base de ce manque d’engagement de l’Université en Haïti dans les luttes populaires?

Parcours de l’enseignement supérieur en Haïti

Les premières écoles supérieures en Haïti sont émergées dans les années 1860. Il s’agissait d’écoles de droits, de médecine, de musique, de dessin et peinture. Elles étaient crées dans le but d’assurer la formation professionnelle de l’élite haïtienne. Mais, c’est en 1944 que l’université en Haïti a été formellement instituée dans un contexte acharné de lutte entre l’aristocratie noire contre la direction culturelle de l’aristocratie mulâtre dans la société.

Cette lutte a pris un relief exceptionnel en 1946 lorsque des jeunes militants haïtiens animés par des discours de la gauche regroupés sous le nom de L’UNEH (union nationale des étudiants haïtiens) protestaient contre le mulatrisme de Lescot.

Cependant, avec l’avènement du duvalierisme, il y a eu toute une autre acception de l’université en Haïti où sa mission est de former des gens pour la future élite dirigeante pour la pérennisation de l’État. Mais, en 1986 s’est vu naître un mouvement de démocratisation de l’université connu sous l’appellation de fédération nationale des étudiants haïtiens (FENEH).

Université en Haïti et inégalité sociale

Selon Jean Anil Louis Juste, l’université en Haïti participe dans le processus de domination culturelle en rapport direct avec la grande domination capitale. Il affirme que dès la création des écoles supérieures de droits, de médecine etc., ces écoles n’étaient pas fondées pour les enfants des paysans mais plutôt aux enfants de la bourgeoisie et de la bureaucratie haïtienne dans une logique de discrimination. Et même la fondation formelle de l’université d’Haïti en 1944 n’a pas modifié la logique de discrimination de l’université en Haiti.

Plus loin, Jean Casimir a soutenu une thèse semblable à celle mentionnée précédemment. D’après lui, l’enseignement supérieur en Haïti est en totale inadéquation avec la réalité. L’étudiant haïtien est entaché par la culture occidentale et ne fait que, dans une certaine mesure, renforcer la logique de l’exploitation de la classe dominante au détriment de la majorité de la population.

Cependant, l’université en Haiti est certainement une institution productrice de l’inégalité sociale mais, elle est loin d’être un espace cloisonné enfermé dans l’historicisme de sa mission. Elle peut, en dépit de sa capacité de reproduction d’inégalité, servir également un espace de conscientisation et de formation pouvant construire de nouveaux leaders pour une societé nouvelle.

L’universitaire citoyen au centre des luttes pour le changement

Le concept « universitaire citoyen » est développé par le professeur Hérold Toussaint dans son livre «Le courage d’habiter Haïti au XXIème siècle. La vocation de l’universitaire citoyen». Le professeur Hérold Toussaint présente le profil de l’universitaire citoyen en tant que quelqu’un qui s’anime du souci de la vérité. Il doit s’evertuer dans la promotion de l’Université en montrant aux générations nouvelles son utilité dans la société en tant que centre de questionnement. L’universitaire citoyen doit apprendre aux gens de fuir les idées préconçues et les superstitions puisque le destin d’Haïti dépend des haïtiens, non pas d’une divinité. l’universitaire citoyen doit agir avec une somme d’integrité pour que ses actions n’entravassent pas la possibilité future de la vie sur terre. Il doit aspirer à une triple libération: libération de soi, libération d’Haïti et celle de la planète.

L’universitaire citoyen doit mobiliser ses ressources scientifique afin de démystifier l’illusion qui fait apparaitre l’arbitraire d’une forme de domination comme ordre naturel. Le sens de l’amour, de l’espérance et de la responsabilité sont les éléments qui doivent caractériser l’universitaire citoyen.

Attitude individualiste de l’universitaire haïtien

La précarité en Haiti modèle le comportement de l’universitaire haïtien. Ce dernier est loin d’être un professionnel au service de son pays. C’est plutôt un individu en quête d’une émancipation personnelle. L’universitaire haïtien ne se soucie pas des problèmes sociaux, politiques, économiques et culturels qui ont sapé la base de tout changement réel de la nation. L’étudiant a une attitude vague de l’effondrement des valeurs de la société. Cette attitude est soutenue par un discours insoucieux « M vin swiv kou pou m fini pou m ale chèche travay». Le seul but de l’universitaire c’est de trouver un emploie pour assurer son bien être personnel pendant que la société se dégrade.

L’institution universitaire est le lieu par excellence de l’enseignement supérieur d’un pays qui vise le changement social en oeuvrant dans la formation de cadres pour agir sur l’ensemble des problèmes du milieu. Mais, en Haiti l’université est un outil de discrimination, de classe sociale et de domination pour le renforcement des inégalités sociales, elle a engendré dans son parcours des luttes estudiantines pour qu’elle ne soit pas l’apanage de la classe dominante. Certes, des luttes sont menées mais aujourd’hui, l’Université en Haiti ne reflète pas vraiment la réalité. Il convient alors à l’universitaire citoyen de prendre sa responsabilité face à l’effondrement de la société haïtienne, de prendre part dans les luttes pour le changement social afin de construire une société nouvelle.

Bibliographie

LOUIS JUSTE Jean Anil, «Université et citoyenneté en Haiti», in alterpresse [en ligne].

CASIMIR jean, La culture opprimée, Port-au-Prince, imp. Media-texte, 2011, V II.
CASTOR Suzy, étudiants et luttes sociales dans la caraïbe, CRESFED, Port-au-Prince, 1987.

DORVILIER Fritz, La crise de l’Université haïtienne. Une réflexivité estudiantine, c3 édition.

TOUSSAINT Hérold, L’idée d’université expliquée aux étudiants, imprimerie media-texte, Port-au-Prince, 2e trimestre 2016.

TOUSSAINT Hérold, le courage d’habiter Haïti au XXIe siècle. La vocation de l’universitaire citoyen, 2e trimestre 2015.

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1 COMMENTAIRE

  1. Très bel article mon frère. L’implication sociale de l’Université en Haïti devrait susciter plus de débats. Le peu de jeunes (vu la grande majorité qui n’ont pas l’accès et/ou le moyen d’y accéder) formés par l’Université en Haïti ne sont impliqués dans aucun processus de changement même en dépit de leur bonne volonté d’apporter un changement dans le pays.
    Ce devrait être un débat bénéfique pour le pays, mais malheureusement… Tu sais ce qu’on dit: «Ou gen 2,3,4 diplòm Leta pa bezwen w». Très bon travail frère!👍

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