CPT : 22 mois de pouvoir, 10 000 morts et aucun contrôle 

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Le Conseil présidentiel de transition s’approche de la sortie comme il est entré : dans le désordre, l’improvisation et l’échec. 

Dans quelques semaines, le CPT laissera sa trace dans l’histoire d’Haïti. Mais pas celle d’un organe de sauvetage national. Plutôt celle d’une autorité dépassée, incapable d’arrêter l’effondrement sécuritaire du pays. 

Le chiffre glace le sang. 

En moins de deux ans, d’avril 2024 à décembre 2025, plus de 10 000 Haïtiens ont été tués dans la violence liée aux gangs, selon les données compilées par les Nations Unies. Une hécatombe silencieuse, presque banalisée. 

Pour la seule année 2024, plus de 5 600 morts, des milliers de blessés, près de 1 500 enlèvements. 

Ce ne sont plus des statistiques. 

C’est une génération qui disparaît. 

Un État absent, des gangs tout-puissants 

Pendant que les autorités multipliaient réunions, discours et remaniements politiques, les gangs, eux, gagnaient du terrain. 

L’Artibonite est devenu un champ de bataille. 

Des communes entières, Gros-Morne, Liancourt, L’Estère, Verrettes, Petite-Rivière, Marchand-Dessalines, vivent au rythme des fusillades, pillages et incendies criminels. Les groupes armés comme Kokorat San Ras, Gran Grif, Taliban, 400 Mawozo imposent leur loi plus efficacement que l’État. 

À Petite-Rivière, les attaques se succèdent presque sans interruption. 

Les habitants ne parlent plus de sécurité. 

Ils parlent de survie. 

Même scénario dans le Plateau Central, à Mirebalais, ou dans les hauteurs de Kenscoff où les assauts ont fait des centaines de victimes. 

Quant à Port-au-Prince, la capitale ressemble désormais à une ville en guerre. Des quartiers rayés de la carte. Des familles déplacées. Des écoles fermées. Des commerces détruits. 

La coalition criminelle « Viv Ansanm » a laissé derrière elle des scènes comparables à celles d’une catastrophe naturelle. 

Sauf qu’ici, ce n’est pas un séisme. 

C’est l’effondrement de l’autorité publique. 

Instabilité politique et décisions incohérentes 

En 22 mois, le CPT a changé Premiers ministres, remplacé chefs de police, remanié cabinets… sans résultat concret. 

Chaque décision semble improvisée. 

Chaque crise engendre une autre crise. 

Le renvoi du Premier ministre Garry Conille a d’ailleurs coïncidé avec une nouvelle flambée de violences. Comme si l’État, déjà fragile, se tirait lui-même une balle dans le pied. 

Pendant ce temps, les gangs avancent. 

Toujours. 

Quand le politique cède au mystique 

Mais le moment le plus troublant reste peut-être ailleurs. 

Alors que la population réclamait un plan sécuritaire clair, des stratégies et des actions concrètes, le président du CPT, Leslie Voltaire, a choisi… la prière. 

En déplacement au Vatican, il a publiquement demandé à la Vierge Notre-Dame du Perpétuel Secours « d’opérer un miracle pour neutraliser les gangs ». 

Un symbole fort. 

Et inquiétant. 

Car lorsqu’un pouvoir politique en arrive à implorer le ciel au lieu de gouverner la terre, c’est souvent le signe que l’État a abdiqué. 

Haïti n’a pas besoin de miracles. 

Haïti a besoin d’institutions fonctionnelles, d’une police équipée, d’une justice opérationnelle et d’un leadership responsable. 

Le verdict de l’histoire 

Le bilan du CPT est brutal : 

Plus de morts, plus de territoires perdus, plus de déplacés, plus de peur. 

Moins d’État. 

Moins d’espoir. 

La transition qui devait stabiliser le pays aura finalement accompagné sa descente. 

L’histoire retiendra que pendant que les Haïtiens tombaient sous les balles, leurs dirigeants discutaient, voyageaient… et priaient. 

La transition devait sauver la nation. 

Elle aura surtout illustré l’impuissance du pouvoir. 

Et Haïti, elle, continue de payer le prix. 

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